Expression du jour: Abus d'alcool

Nancy Therrien Le kamasutra des mots 1 Commentaires

Mettre la bouteille en berne


Ce gars-là…

J’ai connu ce gars-là v’là une couple d’années. Huit ans plus précisément. D’ailleurs, ça fait huit ans ces jours-ci que je l’ai rencontré. Après seulement quelques heures passées en sa compagnie, j’avais compris que ce gars-là était un bon vivant et qu’il aimait les bonnes choses de la vie. Mais ça, ça crève les yeux : y’a qu’à regarder sa bouille sympathique et remarquer l’immanquable, sa panse, pour constater que ce gars-là aime bien manger et bien boire.

Ça fait de lui un gars qu’on veut avoir dans nos partys : Y’est drôle, y’est toujours partant pour un verre d’alcool et y’aime toujours ben gros les petites-bouchées qu’on a préparées. Ça fait plaisir de le voir s’en régaler et son enthousiasme est excellent pour faire remonter notre estime de cuisiner.

Pis, quand il se met à faire le fou, on peut pas s’empêcher de rire. Si tu proposes une thématique pour ton prochain party, tu peux compter sur son implication. Ce gars-là se donne tellement à fond qu’il serait prêt à se faire poser des seins pour ressembler à une pulpeuse actrice de Baywatch pour ton beach party. En plus, tu peux être sûr qu’il va être partant pour essayer ton nouveau cocktail parce que c’est donc bon d’la boisson.

Ce gars-là est habité par une maudite belle folie!

C’est une des raisons pour lesquelles je l’ai plus jamais quitté et qu’on a du fun ensemble depuis huit ans. On s’en est fait des partys à deux. Ou en gang. Très arrosés. Ou légèrement. Mais, principalement avec à la main un verre d’alcool, pis deux, pis trois. Et, régulièrement avec deux, pis trois, pis douze amis et membres de la famille parce que ce gars-là aime être entouré.

On a vécu des vacances pas ordinaires ensemble. En camping, on a mis le feu à une table de pic nic. Cet été, on a paqueté les p’tits et on est partis en road trip aux USA. Y compris avec les 90 livres du chien. Entre autres. Chaque jour s’apparente à une fête avec ce gars-là.

Bref, on s’ennuie jamais avec lui. On dirait qu’il est un aimant à histoires rocambolesques. Et pis, quand il raconte ses aventures et mésaventures, on se rassemble autour de lui pour l’écouter. Sa façon de les raconter nous fait tellement rire qu’on a envie de rester jusqu’à la fin.

Ce gars-là, vous l’avez probablement deviné, c’est mon amoureux. Je l’ai connu après qu’il ait atteint l’apogée de sa folie, car elle était à son paroxysme à l’adolescence. J’aurais pas voulu voir ça! Peut-être que oui en fin de compte. De toute manière, il n’a jamais cessé de porter cette belle folie en lui et c’est ce qui m’a charmée dès notre premier rendez-vous.

À cette occasion, on a fait comme la plupart des gens lors d’un premier rendez-vous et on est allés au resto. Dans un apportez votre vin. Parce qu’on peut se permettre de boire plus pour moins cher. Comme pour donner le ton aux huit prochaines années qu’on allait vivre ensemble. Oui, car il faut pas se le cacher, on en a consommé de l’alcool ce gars-là et moi ensemble. Que voulez-vous, on aime son goût, on aime l’enivrement, on aime profiter des plaisirs de la vie. Car, l’alcool est bel et bien un plaisir puisqu’on peut très bien s’en passer et bien vivre.

Ceci dit, ce gars-là vivait bien avec l’alcool. Et, moi aussi par le fait même. Juste plus modérément par contre. Lui, chaque jour de sa vie, il en prenait. Toujours dans le plaisir cependant, il faut le préciser. Ce gars-là supportait bien l’alcool. Sous son effet, sa folie prenait des proportions monumentales et forcément, le plaisir aussi. Alors, ce gars-là multipliait le plaisir jour après jour : après tout, pourquoi s’en priver quand ça ne fait pas de mal à personne?

Mais, voilà que ça commence à faire mal. La vie vient d’envoyer un sérieux message à mon amoureux. Depuis samedi, lui et sa belle folie sont à l’hôpital. L’alcool est soudainement devenu moins drôle. De dame affriolante, elle est devenue rebutante. Pourtant, elle nous a permis, à ce gars-là et moi, de colorer notre grand livre avec de très heureux moments. Excepté que là, elle vient de tracer un gros trait noir comme l’ébène sur une de nos pages. On n’a plus envie de rire. Ni ce gars-là, ni moi, ni tous ceux qui ont beaucoup ri de ses blagues.

Tout est dans l’équilibre. Il s’est peu présenté au cours des dernières années. Les ravages sont maintenant faits. La dame en a eu assez de se faire abuser et elle vient de faire tomber un diagnostic accablant.

Parce qu’il n’y a pas que la rédaction

Je sais, depuis le début de ce texte, il ne s’agit pas de conception Web, ni de rédaction créative ou de jeux de langue. Je profite de mon isoloir pour vous partager cette tranche de vie particulièrement intime, car je suis profondément triste pour mon amoureux. Lui qui aime tant les bonnes choses de la vie. Un gars hyper actif en plus : excellent joueur de hockey, habile de ses mains, travaillant, brillant et tout. Le voir alité, dans l’attente que la crise passe, sans bouger, ni presque rien manger… Ça m’affecte ben gros. Je sais, c’est pour son bien, c’est pour le mieux. N’empêche que c’est tough. L’avertissement qu’on lui lance est à son image : sans demi-mesure.

Les symptômes causés par l’alcoolisme font de sérieux dommages à la santé. Je déteste utiliser le terme alcoolisme dans ce cas précis, car ça évoque généralement dans notre tête un état d’ivresse avancé. Rares ont été les fois où mon amoureux s’est trouvé dans un tel état. Comme ben du monde, ça lui arrivait d’être solidement gommé. Comme ben du monde, son corps le lui faisait regretter. Tout ça pour dire que l’alcoolisme prend toute sorte de formes. Tout ça pour dire que le corps de ce gars-là est en train de lui faire payer cher ses abus d’alcool.

Ce gars-là, ceux qui le connaissent, savent à quel point il est fait fort. Dans tous les sens du mot. Connaissant sa force, j’ai la conviction que mon amoureux trouvera encore le moyen de nous faire crouler de rire. Sauf que les choses vont beaucoup changer. Du moins, il le faut s’il ne veut pas y laisser sa folie. Moi, de sa folie, j’en veux encore pour très longtemps. Sa fille aussi. Mon fils aussi. Ma famille aussi. La sienne aussi. Ses amis aussi. Ses chums de hockey aussi. Pis tant qu’à y être, son chien aussi.

Pour un moment et peut-être plus, ce gars-là, mon amoureux, devra mettre sa bouteille en berne. Pour cela, je lui vouerai une admiration incommensurable. Je sais que ce sera un deuil difficile à faire. Pour lui et pour moi aussi. Ça va nous changer la vie pas à peu près. Par contre, je tiens à lui dire que je serai avec lui à 200% (Et non à 40%!) et qu’il peut compter sur moi pour le soutenir. Et, sur tout le monde aussi j’en suis persuadée.

Je sais qu’il se dit qu’on n’a pas à se priver pour lui. C’est certain, mais on se privera pas pour lui, on se privera avec lui.

Parce que ce gars-là, on l’aime en maudit.

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Commentaires 1

  1. Mets en qu’on l’aime! Quel beau texte remplit d’amour. Il faut une femme forte pour marcher avec son homme dans les plus durs obstacles. Et tu as raison, toi et tout ceux qu’il l’aime le feront AVEC lui. xxx

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